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Chapitre d'ouvrage

"Propos introductifs"

Résumé : Le droit peut-il se mêler de beauté ? La beauté serait-elle présente dans le droit ou plus exactement dans l'examen du droit, comme nous autres juristes sommes convaincus qu'il y a une « beauté du droit » 1 ? Dans le premier mouvement de l'esprit : parce que le droit est épris de vérité, de justice et d'ordre et que la Beauté dans son acception philosophique fait classiquement appel à ces archétypes, on peut être porté à le croire. Il y a là, dans cette recherche d'absolu, un idéal platonicien (Idée du Beau = idée du Vrai, Idée du Beau = Idée du Bien) qu'aucun juriste n'est enclin à négliger ou dénier pour le plus grand bien de la Cité. Cependant s'il est indubitable qu'il y a de la beauté dans l'abstraction juridique, parce qu'elle est pour la société une oeuvre utile de reconstruction de la réalité ; que les concepts juridiques sont beaux dans leur affirmation d'une unité d'ordre portée par l'Etat et exprimée par l'intérêt général ou dans leur reconnaissance de l'essentialité des libertés individuelles et collectives ; il est néanmoins peu vraisemblable que la rigueur pratique des textes juridiques ait quelque chose à voir avec la beauté dans son sens commun, moins comme Idée que comme réalité sensible. En compulsant les lois et décrets autant que les livraisons jurisprudentielles, l'on a assurément peur d'être déçu. Non pas que les juristes et nos législateurs ne soient pas épris d'esthétique. Ils sont des femmes et des hommes comme les autres, réceptifs aux réalités sensibles. Mais leur esprit d'analyse semble a priori mal s'accorder avec la beauté. Et le risque encouru est sans doute celui du ridicule si l'objectif, dans cette mise en relation des données, est-comme on le fait communément en droit-de partir de définitions strictes et rigoureuses pour cerner ce qui le plus souvent est envisagé naturellement, sans presque y penser, par simples sentiments, sensations et impressions fugaces ; et qui n'est donc pas en tant que tel toujours rationalisable, en tout cas difficile à objectiver et à réduire à une technicité de l'analyse. Ainsi est-il possible de dire, même à regret, que la beauté se passe aisément du droit et de la loi. Sous l'angle du politique, l'on peut craindre également de rapprocher trop hâtivement beauté et politique. Certes, il y a parallélisme avec le droit. Ici aussi, à l'examen d'Aristote, 1 Cf. A.-M. Le Pourhiet, « La beauté du droit », in Maryse Deguergue (Dir.), L'art et le droit. Ecrits en hommage à Pierre Laurent, Paris, Publications de la Sorbonne, 2010. V. également J. Morand-Deviller, « Ordre du droit, ordre du beau », in L'art et le droit, précité.
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https://hal.univ-angers.fr/hal-02561591
Contributeur : Okina Université d'Angers <>
Soumis le : mardi 5 mai 2020 - 12:53:45
Dernière modification le : jeudi 14 mai 2020 - 19:35:35

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F. Lemaire Introduction La bea...
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  • HAL Id : hal-02561591, version 1
  • OKINA : ua14564

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Félicien Lemaire. "Propos introductifs". La beauté : aspects juridiques et politiques, Dir. Jimmy Charruau, LGDJ-Lextenso éditions, pp.15-19, 2016, 979-10-90426-50-4. ⟨hal-02561591⟩

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