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Chapitre d'ouvrage

L'effet "dégenrant" et désexualisant du corps nu : l'utopie naturiste à l'épreuve des territoires

Résumé : La dimension corporelle a été longtemps négligée dans les études géographiques, même si un rattrapage s'est effectué d'abord dans la géographie anglo-saxonne, et depuis une dizaine d'années dans la géographie française 1. Pourtant, le corps est un médium qui assure la relation entre l'individu d'une part, l'espace et les autres d'autre part 2. Il détermine ainsi l'expérience géographique de chacun, à travers l'orientation et les déplacements dans l'espace ou la perception de celui-ci par l'intermédiaire des cinq sens 3. De nombreux géographes définissent leur discipline comme la science des territoires ; ils entendent ceux-ci comme des espaces perçus, appropriés, aménagés par les sociétés et investis de sens, souvent différents selon les acteurs en présence. La relation entre les acteurs sociaux et l'espace définit ainsi la territorialité 4 : celle-ci passe par tant par des représentations que par des pratiques spatiales, ces dernières étant par définition incarnées dans et par des corps. Ces corps sont à la fois sexués et genrés. Un vecteur privilégié de la construction du genre est bien évidemment le vêtement. Il permet à l'individu de se conformer aux normes de genre ou de les contester, en tout cas de prendre position et d'envoyer aux autres des signes sur son identité de genre. Dans l'espace public, espace de confrontation à l'altérité, les corps féminins et les corps masculins se donnent à voir, circulent et prennent place en fonction de relations liées aux structures sociales et éminemment genrées : des règles généralement implicites et intégrées lors du processus de socialisation encadrent les regards, paroles ou silence, gestes et bonnes distances entre les un.e.s et les autres, etc. À propos du nudisme, qui est une pratique sociale de la nudité collective, généralement mixte et dans le cadre des loisirs ou du séjour touristique, les questions qui se posent ici sont les suivantes. Comment la co-présence de corps masculins et féminins intégralement nus modifie-t-elle les normes et les relations de genre (répartition des tâches, codes d'accès à l'autre) ? Comment est-il possible que des hommes et des femmes nus puissent avoir des relations sociales, cohabiter harmonieusement, alors qu'ils ne se connaissent pas ? Qu'en est-il de la dimension sexuelle dans un tel contexte collectif et mixte, alors que dans la norme sociale dominante la nudité est associée à l'intimité et aux relations sexuelles ? On verra que c'est dans des espaces bien précis, séparés, organisés selon des normes différentes de celles de la société englobante que le nudisme s'est développé : il s'agit des centres naturistes, qui sont donc des lieux privés et commerciaux, avec un pic de fréquentation centré sur les vacances d'été 5. Ce sont des espaces de mise en suspens et de redéfinition des normes de genre, espaces qui incarnent une utopie. Cette utopie sera bien sûr 1 DI MEO Guy, « L'individu, le corps et la rue globale », Géographie et cultures, n° 71, 2009, p. 9-23. 2 DUNCAN Nancy (dir.), Bodyspace. Destabilizing geographies of gender and sexuality, Londres, Routledge, 1996.
Type de document :
Chapitre d'ouvrage
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https://hal.univ-angers.fr/hal-02872942
Contributeur : Okina Université d'Angers <>
Soumis le : jeudi 18 juin 2020 - 06:10:45
Dernière modification le : lundi 6 juillet 2020 - 15:38:20

Identifiants

  • HAL Id : hal-02872942, version 1
  • OKINA : ua20230

Citation

Emmanuel Jaurand. L'effet "dégenrant" et désexualisant du corps nu : l'utopie naturiste à l'épreuve des territoires. Christine Bard Auteur, Frédérique Le Nan. Dire le genre. Avec les mots, avec le corps, CNRS, pp.197-213, 2019, 978-2-271-11788-5. ⟨hal-02872942⟩

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