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À la recherche de la modernité

Abstract :

L’obsession, sinon la vive inclination des touristes chinois pour tout « déploiement » de la modernité est visible dans de nombreux lieux touristiques. Ce souci du moderne présente une conséquence que le regard occidental serait tenté de qualifier de manière péjorative : un regard distant sur le patrimoine, au sens du patrimoine matériel, bâti. Aucun commentaire de la part des touristes chinois ne fuse sur l’association ou la juxtaposition, parfois malheureuse, des nouvelles constructions et des édifices anciens « authentiques ». Quelques auteurs ont déjà souligné cette absence de normes dans la protection du patrimoine et la proximité entre patrimoine et pastiche. Pour étayer et prolonger cette idée, cet article propose de se pencher sur les représentations des touristes intérieurs chinois face à ces constructions, non authentiques pour le regard occidental. Un exemple central est choisi, c’est le cas de Guilin, une ville moyenne (700 000 habitants) du Sud-ouest de la Chine, mais une ville connue dans tout le pays pour ses paysages (shanshui). Guilin est devenue tellement touristique que le visage de la cité en a été profondément transformé : le centre-ville a été déplacé de près d’un kilomètre vers le Nord (1997) et de nouvelles constructions « patrimoniales », comme des ponts, des pagodes ou des remparts sont maintenant au cœur des circuits touristiques. Les quartiers centraux de la ville ont été patrimonialisés, c’est-à-dire transformés pour que les touristes puissent ici réaliser « un circuit avec des milliers d’années d’histoire ». Le discours des guides sur ces espaces souligne même l’ancienneté de ces éléments, alors même qu’ils sont très récents (2003 pour les derniers). Cela ne semble pourtant pas choquer les touristes. Au contraire, ces touristes ignorent passablement les sites où les bâtiments de la cité sont « d’époque »  ; ils préfèrent se rendre dans des rues où le bâti a été en très grande partie reconstruit, parfois selon des plans qui diffèrent largement des originaux. C’est la logique de « faire du vieux avec du neuf ». Le regard chinois laisse donc peu de place à la question du vrai et du faux, de l’authentique et de l’artifice, et la déférence pour le bâti est donc ici moins grande qu’en Occident. Les logiques répondent cependant aux souhaits des touristes de vivre une expérience moderne, plutôt qu’une expérience « authentique ».

Type de document :
Article dans une revue
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https://hal.univ-angers.fr/hal-03110039
Contributeur : Okina Université d'Angers <>
Soumis le : jeudi 14 janvier 2021 - 11:18:22
Dernière modification le : vendredi 5 février 2021 - 03:57:53

Identifiants

  • HAL Id : hal-03110039, version 1
  • OKINA : ua7228

Citation

Benjamin Taunay. À la recherche de la modernité. Les Cahiers d’Outre-Mer. Revue de géographie de Bordeaux, Presses universitaires de Bordeaux, 2011, 253-254 (1), pp.135 - 150. ⟨hal-03110039⟩

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