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Chapitre d'ouvrage

Madeleine Pelletier

Résumé :

Les femmes seraient-elles par «nature» des êtres «religieux» ? Nombre de dictionnaires du XIXe siècle reprennent cette association présupposée pour en faire un personnage de bigoterie, raillé par la littérature satirique et la caricature journalistique. Ce type de représentation littéraire exprimerait déjà une forme de séparation, d'ordre sexué, entre le politique et le religieux. Aux hommes, reviendrait l'espace public et le champ du politique, aux femmes, serait réservé le domaine privé dans lequel se situerait le religieux pour les héritiers de la Révolution. La République invente donc le citoyen masculin tandis que l'Église catholique concordataire s'appuie sur ses bataillons de femmes pratiquantes et de religieuses pour résister aux laïcisations. Ce modèle envisage plus que jamais à la fin du XIXe siècle le fonctionnement des sociétés modernes à partir de la séparation du religieux et du politique, autrement dit de la sécularisation. Les sociologues français ont alors tendance à concevoir le religieux comme la persistance d'un archaïsme au sein de la société qu'il est nécessaire d'éradiquer ou de limiter aux consciences privées afin que celle-ci puisse emprunter les voies de la modernité. Au cours du siècle suivant, la réflexion s'effectuera essentiellement à travers le prisme de l'autonomisation des deux champs du politique et du religieux, voire de la disparition progressive de ce dernier, qualifiée de «désenchantement du monde». Dès lors, l'emprisonnement du religieux dans l'espace privé l'assimile à la «nature féminine», le réduisant à des attitudes «sensibles», éloignée des comportements rationnels que l'autre nature, «masculine» cette fois, déploierait dans sa marche vers le progrès.
Une certaine historiographie contemporaine française a alors été influencée par ce modèle d'analyse qui considère l'association «femmes et religions» comme une approche archaïsante. De fait, ces deux champs sont d'abord réduits aux «silences de l'histoire». Cependant, l'histoire religieuse va progressivement s'émanciper de l'histoire politique, accédant à l'autonomie et à l'institutionnalisation. Plus tard, l'histoire des femmes est enfantée par l'histoire sociale, un territoire marqué par une historiographie nationale et républicaine, aux relents parfois misogynes. Chacune de leur côté, méfiante l'une envers l'autre, l'histoire sociale et l'histoire religieuse ont ignoré ce nouveau territoire de l'historien(ne) construit à partir des femmes.

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Contributeur : Okina Univ Angers Connectez-vous pour contacter le contributeur
Soumis le : mardi 16 novembre 2021 - 14:57:57
Dernière modification le : lundi 13 décembre 2021 - 12:02:42

Identifiants

  • HAL Id : hal-03431061, version 1
  • OKINA : ua11058

Citation

Christine Bard, Anne Cova, Bruno Dumons. Madeleine Pelletier. Destins de femmes. Religions, culture et société : France, XIXe-XXe siècles, Letouzey & Ané, pp.313-314, 2011, Mémoire Chrétienne Au Présent, 978-2706302756. ⟨hal-03431061⟩

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